1
Chapitre 1 · Le milieu de gué
1.3 Ce que le cloud change vraiment, et ce qu'il ne change pas
Le discours commercial promet l'agilité, l'innovation et l'économie ; le terrain livre autre chose, de précieux, mais à condition de le nommer exactement. Ce que le cloud change vraiment : le délai (un environnement en minutes au lieu de semaines, c'est le gain le plus sous-exploité, et le premier des cinq nombres du ch. 6), l'élasticité (payer la pointe seulement quand elle a lieu, décisive pour les charges saisonnières, indifférente pour les charges plates), les services managés (bases, files, IA : des années d'ingénierie louées à l'heure), et la visibilité du coût (chaque euro attribuable à une équipe et un usage, si on installe la discipline pour le lire).
Ce qu'il ne change pas : une application mal conçue reste mal conçue, plus chère, même, car ses défauts facturent à l'heure ; une organisation en silos reste en silos, le cloud lui donne juste des silos plus modernes ; une dette de sécurité reste une dette, exposée plus vite, car tout est à un DNS du réseau public. D'où la règle qui structure le chapitre 2 : le cloud amplifie ce qu'on y apporte. On n'y envoie donc que ce qu'on a décidé de transformer, ou ce qui est déjà sain.
Là où le cloud gagne presque toujours
Là où il faut poser le crayon et calculer
Les charges variables ou saisonnières, les nouveaux produits numériques, l'analytique et l'IA, la reprise après sinistre, tout ce qui vit en SaaS standard, et les environnements de développement, premiers bénéficiaires du délai en minutes.
Les charges plates et lourdes qui tournent 24/7 (le calcul au fil de l'eau se paie plus cher que la machine amortie), les données massives qui sortent souvent (les frais de sortie s'accumulent), le legacy stable qui s'éteindra dans trois ans, et tout ce que la réglementation assigne à un territoire.
Le mot que ce document n'emploiera plus : « migration ». Un programme de groupe réussi contient des migrations, des rachats de SaaS, des refontes, des extinctions et des maintiens assumés, le mot juste est portefeuille, et il se gère comme tel : par arbitrages datés, pas par slogan.